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 MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS

   





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: MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:29 am

MURS ET COUTUMES
DE LALGÉRIE
TELL KABYLIE SAHARA
PAR
LE GÉNÉRAL DAUMAS
Conseiller dÉtat, Directeur des affaires de lAlgrie
PARIS
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
RUE PIERRE-SARRAZIN, N 14
1853
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:30 am

Livre numris en mode texte par :
Alain Spenatto.
1, rue du Puy Griou. 15000 AURILLAC.
Dautres livres peuvent tre consults
ou tlchargs sur le site :
http://www.algerie-ancienne.com
Ce site est consacr lhistoire de lAlgrie.
Il propose des livres anciens,
(du 14e au 20e sicle),
tlcharger gratuitement ou lire sur
place.
    
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: 14/07/2008

: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:30 am

AVANT-PROPOS.
Appeler lintrt sur un pays auquel la France
est attache par les plus nobles et les plus prcieux
liens, faire connatre un peuple dont les murs disparatront,
peut-tre un jour, au milieu des ntres,
mais en laissant, dans notre mmoire, de vifs et profonds
souvenirs, voil ce que jai entrepris. Je ne me
fl atte pas davoir les forces ncessaires pour accomplir
cette tche, laquelle ne suffi rait pas dailleurs
la vie dun seul homme ; je souhaite seulement que
des documents runis, avec peine, par des interrogations
patientes, dans le courant dune existence active
et laborieuse, deviennent, entre des mains plus
habiles que les miennes, les matriaux dun difi ce
lev notre grandeur nationale.
Gnral E. DAUMAS
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:31 am

LE TELL
I.
Des races qui peuplent lAlgrie.
Les habitants de lAlgrie se divisent en deux
races distinctes, la race arabe et la race kabyle. Lune
et lautre suivent le culte mahomtan ; mais leurs
murs, la constitution de leur socit, aussi bien que
leur origine et leur langue, en forment deux grandes
divisions distinctes, que nous nous proposons dexaminer
ds prsent. Cette tude nous mettra en mesure
de mieux nous rendre compte de laccord quon
a voulu tablir entre les institutions et les coutumes
des habitants. Elle aura aussi lavantage doffrir la
dfi nition de beaucoup de ternies que nous emploierons
par la suite, et sur le sens desquels il importe
dtre fi x pralablement.
La race arabe doit attirer dabord notre attention,
comme tant la fois la plus nombreuse et celle que
les relations plus suivies nous ont permis de mieux
connatre dans ses dtails.
4 LE TELL.
Il nexiste point de document historique qui
nous permette dapprcier les transformations de la
socit arabe, avant dtre arriv son tat actuel.
Tout nous porte croire que tel que nous lobservons
aujourdhui, cet tat est voisin de sa forme primitive
: ce sont donc les faits actuels que nous nous
bornerons constater.
Une partie de la population arabe sest fi xe dans
les villes. Ces musulmans, auxquels nous donnons le
nom de Maures, sont compris sous la dnomination
gnrique de Hadar. Nous ne nous occuperons point
de cette faible minorit, qui vit aujourdhui dans un
milieu qui nest pas exclusivement le sien, et qui ny
a point form socit part, ayant droit une administration
particulire.
Les Arabes dont nous parlerons ici, sont ceux qui
vivent sous la tente ou sous le chaume, et que lon
dsigne sous le nom gnrique de Hall-El-Bada. Ils
habitent une tendue de pays immense, que la nature
a divis en deux zones trs-distinctes. La premire
comprend un pays fertile en grains et dune culture
facile, qui stend entre les hautes chanes de montagnes
et la muer. Les hauts plateaux forment la seconde,
qui est pauvre en crales. Nous disons ds prsent
que la premire de ces zones est occupe par les Arabes
cultivateurs, et la seconde par les Arabes pasteurs
ou Rehhala. Nous aurons bientt loccasion de nous
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:33 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 5
occuper sparment de chacune de ces divisions, et de
constater les diffrences pour la plupart locales, par
lesquelles elles se distinguent. On peut dj, daprs
ce qui vient dtre dit, se rendre compte dune faon
gnrale de la division que nous venons de rappeler
et dont la nature du sol a t la cause principale. Il
est ncessaire dexaminer maintenant, avant daller
plus loin, la nature des divisions intrieures dues
des infl uences morales ; dexaminer, en un mot, la
socit que le caractre arabe et la religion musulmane
ont dveloppe en Algrie.
La socit arabe repose sur trois caractres gnraux,
qui se trouvent jusque dans ses plus petites
divisions. Ce sont :
1 Linfl uence de la consanguinit.
2 La forme aristocratique du gouvernement.
3 Linstabilit des centres de population, ou, si
lon veut, la rpugnance des Arabes se fi er dune
faon permanente sur un point donn du sol.
Le premier de ces principes drive de linterprtation
que les Arabes ont adopte de la loi de Mohammed.
Le second rsulte la fois des prceptes
religieux et des habitudes nationales ; le troisime
de ces principes enfi n est tranger la religion et ne
tient absolument quau caractre du peuple arabe,
des raisons tires de la culture et de la nature du pas
que ce peuple habite.
6 LE TELL
Quelle que soit, du reste, dans ces bases de la
socit, la part qui revient la croyance ou aux habitudes,
leur existence une fois admise, et on ne saurait
la nier, lexplication des phnomnes de la vie
arabe devient aise.
Cest ce que nous allons essayer de dmontrer,
en exposant la fois la naissance, la formation de la
tribu arabe et ses divisions actuelles.
Un coup dil jet sur le Koran suffi t pour faire
comprendre que son esprit est minemment favorable
lautorit du pre de famille, et quil a d, sinon
tablir, au moins consacrer les habitudes de la vie patriarcale
chez les Arabes. Non-seulement la parent
est plus tendue chez les musulmans que chez nous,
puisquelle comprend, par exemple, les sueurs et
frres de lait, mais elle est encore tablie sur des bases
plus solides. On comprend, en remontant vers le
pass, que, par ces liens de la consanguinit, tous les
descendants dune mme famille se trouvaient troitement
unis et soumis lautorit dun seul, par droit
naturel. Quelquefois par laction seule du temps, cette
runion grandissait, se multipliait et formait une
petite nation part. Dautres fois, quand une pareille
famille tait puissante par ses richesses, ou illustre
par ses faits darmes, la protection quelle tait en
mesure daccorder ceux qui voulaient en partager le
sort, attirait elle dautres familles dune parent plus
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:34 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 7
loigne ou mme trangres, mais qui bientt par
des alliances venaient se rattacher la famille principale.
Ce sont de pareilles agglomrations de familles
ou dindividus, formes des poques recules sous
le nom dun chef commun, qui, aprs avoir travers
des sicles, ont form la tribu arabe. Il ne faut donc
point tre surpris de trouver chez elle ce quailleurs
on ne rencontre que dans les grands États : une histoire
nationale vivant dans les traditions, des alliances
fi xes, des antipathies incessantes, enfi n une ligne
de politique trace et un; grande intelligence des intrts
gnraux.
Cest, comme nous lavons dit, la runion de
familles qui se croient gnralement issues dune
souche commune, qui forme la tribu arabe. Ce qui
distingue cette petite socit, cest lesprit de solidarit
et dunion contre les voisins, qui de son berceau
a pass ses derniers descendants, et que, la
tradition et lorgueil, aussi bien que le souvenir des
prils prouvs en commun, tendent encore forti-
fi er. Comme on le voit, le principe de linfl uence de
la consanguinit, a non-seulement contribu puissamment
former la tribu, mais cest encore lui qui
lempche principalement de se dissoudre.
Ceci paratra encore plus vrai, si on considre la
forme du gouvernement de ces tribus, que nous examinerons
bientt et o la noblesse joue un si grand
8 LE TELL
rle. Ainsi toutes les familles nobles dune tribu se
regardent comme unies, plus particulirement par les
liens du sang, alors mme qu des poques trs-recules
elles auraient eu des souches distinctes. Nous
aurons bientt loccasion de parler en dtail de la
noblesse chez les Arabes.
Le sort des tribus a t extrmement variable ;
quelques-unes sont entirement teintes, dautres
sont extrmement rduites , dautres encore sont
restes puissantes et nombreuses. On peut dire que
le nombre des individus formant une tribu, varie de
cinq cents , quarante mille; il est, en tout cas, fort
infrieur au chiffre de la population, que les terres
occupes par la tribu pourraient nourrir. Il nest point
diffi cile de se rendre compte de cette ingalit de population
dans les tribus ; leur genre de vie les soumet
mille vicissitudes, et nous avons vu nous-mmes,
en peu dannes, plusieurs exemples de tribus
qui, nagure puissantes et nombreuses, sont teintes
aujourdhui.
Quel que soit du reste le chiffre de la population
dune tribu et son tat de fortune, nous le regarderons
toujours comme unit politique et administrative.
Ce principe entranera pour vous deux consquences,
dont lune est relative aux hommes et lautre au
territoire, savoir : La tribu sera administre par des
hommes tirs de son sein, et elle aura, en second lieu,
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:35 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 9
un droit exclusif sur sou territoire, sauf les rserves
dont il sera question plus tard. Cest cette dernire
consquence admise dj par le fait, qui constitue
aujourdhui la garantie la plus prcieuse de lordre
public, puisquelle nous permet, en tout droit, de
rendre la tribu responsable des actes commis sur
son territoire en temps de paix, et lorsque les coupables
ne se trouvent pas entre les mains de la justice.
Les tribus sont divises en un plus ou moins
grand nombre de fractions, selon leur importance.
Les noms donns ces diffrentes fractions sont
trs-variables en arabe : on les appelle ordinairement
Kasma, Farka ou Rouabaa, Fekhad, ou Khoms, etc.
Nous allons examiner ces diffrentes divisions. A
cet effet, nous reconstituerons la tribu en prenant
pour point de dpart, sa division la plus restreinte,
ou, si lon veut, son premier lment. Nous croyons
utile de dire en mme temps un mot des chefs de ces
fractions, afi n de nous rendre compte de la limite
laquelle lÉtat intervient pour imposer un agent, qui
veille aux intrts gnraux.
De mme que la tribu est un lment politique
et administratif dans le gouvernement, de mme le
douar est llment de famille dans la tribu. Tout chef
de famille, propritaire de terres qui runit autour de
sa tente, celles de ses enfants, de ses proches parents
10 LE TELL
ou allis, de ses fermiers, forme ainsi un Douar (rond
de tentes), dont il est le chef naturel, dont il est le
reprsentant ou Chkh dans la tribu, et qui porte son
nom. Lautorit de ce Chkh, comme on le comprend
dj, est indpendante de toute dlgation extrieure
; ni lÉtat ni la tribu ne peuvent intervenir dans sa
nomination, si on peut appeler ainsi lacte qui, dun
consentement tacite mais unanime, confre lautorit
un seul. Les besoins de la vie nomade, aussi
bien que les prceptes religieux, expliquent du reste
la formation du Douar et sa constitution. Le dsir
de scurit pour les individus, la garde des richesses
et des troupeaux ont port les hommes dune mme
souche, se runir, voyager ensemble, se soumettre
une autorit non conteste. Lhistoire de
tous les peuples nomades nous offre des faits analogues.
Divers Douars runis, forment un centre de
population qui reoit le nom de Farka, etc. Cette
runion a principalement lieu, lorsque les chefs de
Douar reconnaissent une parent entre eux ; elle
prend souvent un nom propre sous lequel sont dsigns
tous les individus qui la composent, et agit
ordinairement de concert. Les chefs des Douar se
runissent en assemble (Djema) pour discuter
les mesures communes et veiller aux intrts de
leurs familles ; ils forment une sorte daristocratie
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:35 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 11
qui a ses chefs (El-Kebar). Bientt encore lhomme
le plus incluent ou le plus illustre parmi ces grands
devient dun commun accord le chef de la Farka. En
gnral, le chef dune Farka ne doit son lvation
qu la confi ance gnrale quil inspire.
Cest la runion de plusieurs Farka, en nombre
trs-variable, qui forme les grandes tribus; les petites
tribus, au contraire, ne sont souvent constitues
que par la runion des Douar.
La nomination du chef dune tribu, si faible
quelle soit, ou du chef dune Farka dans une tribu
puissante, nest plus abandonne au chou seul des
membres de la runion. LÉtat intervient ici, nomme
ce chef qui reoit le nom de Kad, et en fait le reprsentant
de ses intrts.
Les familles que leur infl uence autorise aspirer
lemploi de Kad pour lun de leurs membres,
sont parfaitement connues dans les tribus, qui regarderaient
comme une humiliation dtre gouvernes
par un homme dont lorigine ne serait pas illustre.
Ce trait peut donner une ide du caractre essentiellement
aristocratique des Arabes.
Aprs avoir examin la formation dune tribu
et ses divisions intrieures, il convient dtudier la
manire dont la proprit territoriale y est rpartie.
Les dtails relatifs la distribution du sol, dont
nous allons nous occuper ne sont pas, en gnral,
12 LE TELL
applicables aux hauts plateaux habits par les Arabes
pasteurs. Nous ferons, dans un paragraphe particulier,
ressortir les diffrences qui existent, sous ce
rapport, entre eux et les Arabes cultivateurs.
Le territoire occup par une tribu est nettement
dlimit et exclusivement partag entre ses enfants.
Nous avons dj insist sur ce point important du
droit exclusif dune tribu sur son territoire; la suite
nous apprendra la nature des exceptions que souffre
ce principe. Contrairement ce qui a lieu dans la
province de Constantine, la tribu est propritaire du
sol quelle cultive, au moins en trs-grande partie :
on peut rencontrer trois catgories parmi les terres,
qui sont la proprit relle de la tribu.
1 Une partie des terres appartient quelques
grandes familles, et ne passe jamais ltat de proprit
commune.
2 Les bois et les terres laisss en friche sont
ltat de proprit commune et utiliss comme tels
par les membres de la Farka ou de la division de la
tribu laquelle ils appartiennent.
3 Les terres ensemences dune Farka, sont
considres jusque aprs la rcolte comme sa proprit
particulire.
Nous ayons dit quentre les terres appartenant
en toute proprit la tribu, son territoire en
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:36 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 13
renfermait souvent dautres, sur lesquelles elle
navait aucun droit. Ces dernires sont de deux espces
diffrentes : elles appartiennent on au gouvernement,
on des corporations religieuses appeles
Zaouas, et dont nous ferons connatre la
nature.
Les terres du gouvernement sont, en gnral,
bien connues des tribus ; elles comprennent la grande
partie des forts, et une grande quantit de terres
labourables. Elles se sont accrues, des biens de la
Mecque et Mdine, qui, par suite de nouvelles dispositions
sont rentres dans le domaine de lÉtat. Il est
inutile dexaminer en dtail les causes qui ont rendu
lÉtat propritaire dimmeubles aussi considrables;
nous dirons seulement que les plus importantes sont
les donations, les confi scations et les successions
tombes en dshrence.
Enfi n une partie du sol appartient des congrgations
religieuses, dont la constitution sera expose
quand nous parlerons de la noblesse militaire et religieuse.
Nous nous bornerons faire remarquer ici
que le territoire de ces Zaouas forme une circonscription
distincte dans la tribu, qui, pendant longtemps,
na point t soumise au pavement des impts.
Bien que ltendue du pays occup par une tribu
soit en gnral hors de rapport avec le nombre de
14 LE TELL
ses habitants, on rencontre cependant des, Douars
qui ne possdent aucune partie du sol en propre. Les
Douars, dsigns sous le nom de Keta (pice, morceau),
ne comptent pas dune faon fi xe, dans telle
on telle division de la tribu. Chaque anne ils passent
un march avec un Farka, louent sur son territoire
la quantit de terres ncessaire leur subsistance, et
se considrent, pour ce temps, comme membres de
la fraction de tribu, avec laquelle ils ont trait. Ces
Douars, dont la composition est moins fi xe que celle
des Douars de propritaires, se recrutent dans la
classe des fermiers, qui, ayant acquis quelque fortune,
dsirent mener une vie plus indpendante. Ces fermiers
mmes se dsignent ordinairement sous le nom
de Khamms (de Khoms, cinquime), parce quils ont
droit au cinquime de la rcolte, semences prleves.
Les renseignements que nous venons de donner
sur la constitution dune tribu, seraient fort incomplets,
si nous ny ajoutions point des dtails sur les
hommes qui la composent et surtout sur ceux qui la
commandent et la dirigent. Cest ce que nous allons
faire en parlant des diffrentes classes de la socit
et de la noblesse chez les Arabes.
Il est bien rare quune socit puisse subsister
longtemps sans faire natre dans son sein des classes
distinctes, jouissant de privilgies, soit matriels,
soit moraux. Au premier abord, on pourrait tre
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:37 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 15
tent de supposer que, chez un peuple dun caractre
trs-indpendant, ces divisions seraient moins
tranches ; mais les faits prouvent que, rapporte
aux Arabes, cette supposition serait trs-inexacte.
Chez eux, en effet, cette distinction des classes
est profondment grave dans les esprits, bien que
nous ne nous en rendions pas toujours exactement
compte. Accoutums, comme nous le sommes,
discerner, le plus souvent des signes extrieurs,
les classes de notre socit les unes des autres, nous
sommes ports regarder comme gaux entre eux,
des hommes dont le costume est assez uniforme et
dont les relations rciproques nous offrent le spectacle
dune familiarit trangre nos murs. Les
habitudes de la vie de famille et les circonstances o
se trouve le pays expliquent cette apparence dgalit.
Quant au fond, ici comme ailleurs, le serviteur
nest point lgal du matre, lhomme du peuple ne
pse pas plans la balance autant que lhomme que
sa position ou sa famille appellent jouer un rle
principal.
Le peuple arabe a non-seulement ses chefs militaires,
mais il a encore ses chefs religieux. Chacun
peut juger sa manire le degr de fi dlit et
de soumission que les Arabes ont montr pour les
hommes infl uents de lordre spirituel ou temporel ;
amis nul ne saurait rvoquer en doute, que ce sont
16 LE TELL
ces chefs qui tiennent le fi l de la politique dans les
tribus. Cest donc de laristocratie militaire et religieuse
que nous croyons devoir nous occuper en
premier lieu.
Il existe chez eux trois sortes de noblesse :
1 La noblesse dorigine.
2 La noblesse temporelle ou militaire.
3 La noblesse religieuse.
Examinons en quelques lignes ces diffrents ordres
:
1 On appelle noble dorigine (Chrif) tout musulman
qui peut, au moyen de titres en rgle, prouver
quil descend de Fathma-Zohra, fi lle du prophte et
de Sidi-Ali-Abi-Thaleb, oncle de ce dernier. On peut
dire que cest Mohammed lui-mme qui a fond cette
sorte de noblesse, trs-considre chez les Arabes.
Il prescrit, en effet, dans plusieurs passages du Koran,
aux peuples qui ont embrass sa foi, de tmoigner
les plus grands gards, aux hommes issus de
son sang, en annonant quils seront les plus fermes
soutiens et les purifi cateurs futurs de la loi musulmane.
Les Arabes montrent, en gnral, une grande
dfrence pour les Cheurfa (pluriel de chrifs) et leur
donnent le litre de Sidi (mon seigneur). Toutefois,
comme leur nombre est trs-considrable, au point
de former des Farkas particuliers dans certaines tribus,
les marques extrieures de respect quon leur
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:40 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 17
tmoigne, varient avec les lieux. Le Chrif est sujet
aux lois, mais il a dans les pays musulmans le droit
dinvoquer la juridiction de ses pairs. Cest ainsi
quAbd-el-Kader stait rserve le droit de les juger
lui-mme.
Les Cheurfas jouissent de prrogatives plutt
morales que matrielles, et leur infl uence ne doit pas
se mesurer sur les honneurs quon leur rend.
2 Les membres de la noblesse militaire, chez
les Arabes, portent le nom de Djouads. Ce sont les
descendants des familles anciennes et illustres dans
le pays, ou bien encore les rejetons dune tribu clbre,
les Korache, dont Mohammed et sa famille
faisaient partie. Dans ce dernier cas, ils se dsignent
par le nom de Douaouda et reprsentent une noblesse
suprieure aux Djouad ordinaires.
La plus grande partie des Djouad tire son origine
des Mehhal, conqurants venus de lest la suite
des compagnons du Prophte.
Quoi quil en soit, les Djouad constituent llment
militaire dans la socit arabe. Ce sont eux qui, accompagns
de leur clientle, mnent les Arabes au combat.
Par le fait, ces derniers sont presque leurs sujets.
Lhomme du peuple a beaucoup souffrir des
injustices et des spoliations des Djouad ; ceux-ci
cherchent faire oublier ces mauvais traitements et
maintenir leur infl uence, en accordant gnreusement
18 LE TELL
lhospitalit et leur protection ceux qui la rclament.
Du reste, lhabitude qui fait endurer les plus
grands maux, a fortement riv la chane qui unit aux
Djouad lhomme du peuple. Ces Chkh, car cest le
nom que les Arabes leur doivent, quels que soient leur
ge et leur position, runissent deux traits saillants
du caractre national : lavidit du gain et un certain
amour du faste, quoiquau premier abord ces deux
penchants semblent opposs.
3 La noblesse religieuse mrite, plus encore que
la noblesse militaire, dtre tudie avec soin, car son
infl uence sur les peuples est encore plus puissante,
quoiquelle ne soit pas base sur les mmes fondements.
Les membres de cette noblesse sappellent marabouts.
Le marabout est lhomme spcialement
vou lobservance des prceptes du Koran; cest
lui, qui, aux yeux des Arabes, conserve intacte la
foi musulmane ; il est lhomme que les prires ont
le plus rapproch de la divinit. Aussi ses paroles
deviennent des oracles auxquels la superstition ordonne
dobir et qui rglent la fois les discussions
prives et les questions dun intrt gnral.
Cest ainsi que les marabouts ont souvent empch
leffusion du sang en rconciliant des tribus
ennemies ; cest ainsi que leur protection (Aannaya)
a souvent suffi pour garantir de toute atteinte les
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:40 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 19
voyageurs ou les caravanes. Bien des fois encore
ils ont, le Koran en mains, prch la guerre contre
les infi dles. Ces exemples suffi sent pour dmontrer
lue leur infl uence stend sur les questions religieuses
et politiques ; elle est, dailleurs, dautant mieux
assure, que lexercice du culte, lexplication des livres
saints, la conscration de toutes choses, mettent
les marabouts en relation continuelle et intime avec
les musulmans. Il faut remonter trs-haut dans notre
histoire pour retrouver le temps o nos vques
jouaient le rle de marabouts, et o leur infl uence
spirituelle et temporelle tait assez grande pour allumer
aussi une guerre sainte, en entranant les croiss
vers la Palestine.
Un des caractres principaux de la noblesse religieuse
est, quelle est hrditaire comme les prcdentes.
Les premiers marabouts taient en gnral
des hommes rigoureux observateurs du Koran, qui
passaient pour avoir donn des preuves de leur nature
suprieure en produisant des miracles. Tels sont Mouley-
Thayeb, Mohammed-ben-Aassa, Hhasnaouy,
Abd-el-Kader mort Baghdad, etc., etc., en lhonneur
desquels ou retrouve en Algrie une foule de
chapelles. Cest ordinairement autour de ces Zaouas
(chapelles), que les marabouts runissent une sorte
de Douar qui prend le nom de Zaoua, prcd du
20 LE TELL
mot Sidi. Une partie des terres voisines provenant
en gnral des donations pieuses, est cultive par les
hommes de la Zaoua et sert les nourrir. De larges
offrandes, des provisions de toute espce, sont offertes
aux marabouts et ceux qui, vivant prs de lui,
tudient la loi; quelquefois mme, par suite danciennes
obligations que la religion prescrit dobserver,
les voisins de la Zaoua lui payent lachour ou
la dme; toutefois ce tribut na jamais eu de caractre
obligatoire devant la justice.
Les Zaoua sont commandes par lhomme le
plus infl uent de la famille des marabouts ; lexercice
de lhospitalit envers tous les voyageurs et les
trangers musulmans, est un des premiers devoirs
de sa position ; les criminels mme doivent trouver
un abri chez lui : cest ainsi que quelques chapelles
(que nous appelons vulgairement marabouts) sont
un asile inviolable aux yeux des Arabes.
Du reste, Ces congrgations religieuses sont tellement
nombreuses dans quelques tribus, telles que
les Hachem, par exemple, quelles y forment des divisions
ou Farka particuliers.
Les marabouts ne se livrent ordinairement
aucun travail manuel ; ils se vouent dans lintrieur des
Zaouas linstruction dun certain nombre dhommes
ou denfants, qui leur ont t confi s par les tribus.
Ces disciples ou desservants de marabouts prennent
    
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: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:41 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 21
le nom de Tolba (de Taleb, Lettr). Ces Tolba tudient
la religion dans le Koran, et les diverses branches
de connaissances exiges par leur tat. Ils ont
le droit de consacrer les mariages, de prononcer les
divorces, etc., etc., et, ce titre, ils jouissent dune
certaine considration. Toutefois il arrive rarement,
de nos jours, qu lextinction dune famille de marabouts,
un de ces Tolba monte dun degr et devienne
marabout sa place dans la Zaoua ; le plus
souvent ils aspirent devenir soit matres dcole
dans les villes, soit assesseurs du Kady, soit mme
Kady ; dautres fois encore ils ne suivent aucune de
ces carrires, et vivent du produit des terres affectes
lentretien du marabout de leur ordre.
On commettrait une grande erreur en tirant de ce
qui prcde , la consquence que tous les Cheurfa,
Djouad ou Marabout occupent une position leve
dans la socit arabe ; on en voit, au contraire, journellement
occups tous les mtiers. Mais, si tous
les membres de ces classes ne jouissent point dune
part gale de considration et dinfl uence, on peut
affi rmer au moins que la puissance et lautorit ne se
trouvent que chez elles.
Les classes infrieures, celles qui constituent la
masse du peuple, noffrent pas beaucoup prs chez les
Arabes, la mme varit que chez nous. On ne trouve, en
effet, au-dessous de laristocratie, que les propritaires
22 LE TELL
fonciers, les fermiers et domestiques ou manuvres.
Chez les tribus des Arabes pasteurs, o, de trsrares
exceptions prs, la proprit ne consiste quen
troupeaux, cette uniformit est plus grande encore.
(Nous devons encore rpter ici que nous faisons
abstraction entire des habitants musulmans des villes).
Peut-tre serait-il convenable de dire quel est
ltat de lesclavage chez les Arabes ; mais il serait
trop long de donner cet gard des renseignements
suffi sants. Nous nous bornerons dire que lesprit du
Koran autorise lesclavage, mais en tablissant des
dispositions qui paraissent avoir rendu trs-tolrable
la position des esclaves. Les lois relatives aux relations
entre le matre et lesclave sont conues dans
un but tout paternel, et elles ont pour rsultat de faire
de lesclave une partie intgrante de la famille.
La lacune qui frappe le plus dans la socit arabe,
tient labsence complte des marchands et des
ouvriers proprement dits. On peut dire que lindustrie
est presque nulle dans les tribus chez les hommes,
et celle des femmes ne stend gure au del de
la confection des objets ncessaires lhabillement.
Autant les Arabes aiment se livrer ni petit commerce,
autant ils prouvent de rpugnance sattacher
aux grands travaux de lindustrie, et ce nest
que grce bien des efforts et une grande tnacit,
    
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: 14/07/2008

: : MURS ET COUTUMES par le g. DAUMAS    14, 2008 9:41 am

RACES QUI PEUPLENT LALGÉRIE. 23
quAbd-el-Kader tait parvenu fonder quelques
usines. Les habitants des villes supplent cette
insuffi sance de lindustrie chez les tribus, ce qui
donne naissance au principal commerce qui a lieu
aujourdhui : lchange des produits manufacturs
contre ceux du sol et des troupeaux.
Nous avons dj eu occasion de dire que lAlgrie
pouvait tre regarde comme forme de deux
zones distinctes et renfermant des hommes dont la
manire de vivre ntait point la mme ; la premire
de ces zones porte le nom de Tell, et comprend le
terrain, en gnral, fertile que la nature a born au
nord par la mer et au sud par les hautes montagnes et
les plateaux-. Les tribus qui habitent cette contre la
dsignent sous lappellation gnrique de Tellia ; sa
population consiste soit en Arabes cultivateurs, soit
en Kabyles, dont nous parlerons plus tard.
Les Arabes du Tell, selon quils sont plus ou
moins fi xes sur le sol, cest--dire selon quils habitent
des villages, des gourbis, (les fermes on quils
vivent seulement sous la tente, sont dsigns par les
appellations de hal-el-gueraba (pluriel de gourbi),
harl-el-haouach (pluriel de haouch), hal-bit-et-char
(les gens de la maison de poil). Les tribus de cette
rgion sont propritaires dun sol fertile en crales,
plus propre la culture qu lentretien de troupeaux
nombreux. Aussi les terres y sont-elles divises dune
24 LE TELL
faon assez rgulire et y forment-elles une grande
partie de la richesse des tribus. Dans le Tell, les troupeaux
consistent en bufs et en moutons : ils forment
la fortune mobilire.
Nous venons de jeter mi coup dil sur les habitants
de cette partie de lAlgrie qui nous est soumise
et quon nomme le Tell.
Pour complter la description du vaste ensemble
de nos possessions, nous avons encore parler de la
Kabylie et du Sahara : cest ce que nous ferons plus
loin, en consacrant chacune de ces contres une
srie de chapitres, o nous retracerons les murs, le
caractre et les habitudes de leurs populations.
    
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